A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, fabriquer de la bière devient plus facile que de lécouler. En effet, les brasseurs suisses vendent leur production essentiellement dans les débits de boissons, mais, leur nombre est régulé par loctroi de patente. Dans ces conditions, les brasseries se livrent une lutte sans merci afin de conserver leur clientèle. Cette lutte porte le nom de « Chasse à lhectolitre ». Chaque brasseur chasse lhectolitre sur les terres de ses concurrents, afin de stabiliser, voire daugmenter ses ventes. Lhécatombe demeure sans précédent. Sur les 530 établissements en activité en 1885, seuls 150 brassent encore de la bière en 1910 !
Afin de survivre, la Brasserie Müller se lance aussi dans cette « Chasse à lhectolitre », qui consiste à acheter des brasseries concurrentes pour sattribuer leur clientèle et à saccorder des prêts aux tenanciers de débits de boissons. Qualifiée dirrationnelle par les autres secteurs agroalimentaires suisses, cette pratique nest que la pointe la plus visible de tout un système denjeux construits autour du client et réglementé, dès 1907, par des accords cartelaires.
« Hélène Pasquier aborde ces aspects, encore très peu connus du lecteur suisse, avec une très grande clarté. Elle met à jour un ensemble de pratiques qui donnent à la structure économique suisse une image moins flatteuse mesurée à laune de la globalisation ambiante. La terre de liberté économique si souvent proclamée pour expliquer la réussite helvétique se pare doripeaux qui en font, en loccurrence, une terre aux parcelles soigneusement réparties entre les acteurs économiques et âprement défendues contre toute intrusion. »
Laurent Tissot, professeur associé à l'Université de Neuchâtel,
chargé de cours à l'Université de Fribourg.
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